jeudi, janvier 05, 2012
vendredi, janvier 14, 2011
jeudi, janvier 13, 2011

Je ne sais pas ce que c'est que la saveur épicée du Schabziger, qui plus est Glaronais. Je ne peux donc pas mettre la bonne foi du paquet en doute: c'est original.
Ca rappelle furieusement le prahok en fait... Surtout celui bien fermenté qu'on a laissé pourrir enterré sous la maison avec le poisson crû de l'année dernière et qu'on ressort les soirs de fête, avec beaucoup de bière (ou de Lao Lao).
lundi, janvier 10, 2011
mercredi, janvier 05, 2011

A Phnom Penh ou à Vientiane, on arrive, on s'installe et on cherche une fée du logis adorable et discrète. Ou l'inverse. A Vientiane, la flegmatique, silencieuse et merveilleuse Pa Yeuh faisait partie de la fameuse maison-les-pieds-dans-l'eau et pour ceux qui ne sont pas venus nous rendre visite, n'ont pas fait l'expérience de ses nems parfumés et de sa ténacité à régénérer le linge pendant la nuit, vous pouvez lire les aventures des Enervés au Pays du Zen, le blog Zenervé période Lao.
L'expat moyen et prospère cherche sa domesticité sur des sites bien pratiques et aussi bien-pensants: Phnom Penh Accueil ou Cambodia Parents Network. On y trouve des tas de madames bien intentionnées qui y ventent les vertus de leur cuisinière exceptionnelle ou de leur Mé Ban (littéralement ''mère de maison''), à recaser dans une nouvelle famille pour cause de départ.
Dans le Jura, rien de la sorte. Si la Zenervée femelle (moi) se remet au fourneau avec joie pour mitonner du magret de canard aux airelles, du poulet tikka masala ou des papillottes de saumon au safran, force lui est de constater que cuisiner (et manger), ça salit la vaisselle. Heureusement, le Zenervé mâle (Chouchou) veille au grain, selon son habitude vigilante. Non, il ne fera pas la vaisselle. En revanche, il se mettra en quête du lave-vaisselle idéal. Un objet mythique pour nous, ça fait dix ans qu'on ne s'en était plus servi, on ne savait même pas à quoi ça pouvait ressembler. On préférait payer un salaire et faire vivre une famille de 12 personnes, avec assurance-maladie. Plus cher qu'un lave-vaisselle, plus humain, aussi, moins barbare. Mais ainsi en va-t-il de notre vielle Europe dite moderne: on préfère remplacer le travail des hommes et des femmes par des machines éphémères et construites pour casser, ainsi en est-il advenu du lave-vaisselle ornant notre cuisine soi-disant équipée et voilà Chouchou qui se met en tête de faire l'acquisition d'un maître-achat supposé nous faciliter la vie.
Voici le récit de sa quête, de sa plume à lui, consommateur responsable et suspicieux.
Alors, vous avez bien fait vos devoirs? Etes inscrits à UFC, avez aussi bien regardé la cote des machines que celle du marchand en ligne?
Très bien, bravo. Maintenant, signez encore un gros chèque, et patientez.
Enfin, vérifiez tout de même trois fois votre commande: Combien d'assurances délirantes ont été inclues d'office dans le prix? Et cette carte de fidélité à gnagnagna €uros-pour-faciliter-le-crédit quand vous achetez cash, elle continue de se cocher automatiquement quand vous rafraichissez la page?
Pis faites gaffe à l'autre, celle où on demande d'enlever gratuitement l'appareil d'avant: celle-là, mystérieusement, se décoche toute seule à chaque étape, et n'apparaît nulle part sur le bon de commande.
Enfin, dix jours plus tard, le bidule arrive, et comme ca fait bien un mois que je me tape la vaisselle à la main, je me jette à genoux et je re... branche les tuyaux.
Hop, ni une ni deux, là y'a bien la vaisselle de deux jours qui traîne, je bourre comme un sauvage, y jette la tablette-échantillon publicitaire de nettoyant qui est venu avec, et m'assied calmement pour lire le mode d'emploi sans lancer la machine.
Eh oui, j'suis comme ça, moi.
C'est là que j'apprends enfin pourquoi les tablettes tout-en-un, c'est du pipeau: parce qu'elles se dissolvent n'importe quand, au lieu des trois trucs différents que cette machine si intelligente va délivrer obligeamment et au moment opportun pour une efficacité maximale! C'est donc à cause de ma paresse que le machin d'avant ne lavait rien, Okéééé.
Alors, je vais à la supérette du coin.
Et constate que la marque qui fait sa pub en offrant 2 tablettes avec l'achat de la machine... Ne fait plus de produits séparés. Ils font plus que des tablettes. Rhalala.
Ben alors, ptêt que c'est pas étonnant que cette machine si chère, aux arguments techno-sophistiqués, en tête du hit-parade de l'UFC, ne lave rien?
Ca doit être ça, ou alors c'est cette histoire que j'ai lue sur le site de l'UFC justement: Le Programme Automatique qui choisit à votre place ce qu'il y a à faire grâce à ses cellules Phototrucmachin qui mesurent pour vous la Saleté et la Quantité de vos reliefs n'est pas très efficace. Ma foi, j'ai lu, j'ai compru, et me suis mis sur un post-it à l'intérieur de mon front "Evite le Programme Automatique, c'est de la Gnognotte".
Ouais; le problème, c'est qu'il n'y a QUE le programme automatique: il n'y a pas de réglage manuel. Enfin, sauf 'Eco' qui humidifie vaguement les assiettes pour apaiser votre conscience écologiste, et Intensif qui est explose votre compteur électrique.
Ah, ben, voilà alors, si comme moi vous habitez une caverne loin de la civilisation, grâce à ce dispendieux achat et son coût de livraison, vous aurez toujours la satisfaction de découvrir que:
- le 3ème tiroir, celui pour les couverts, requiert que l'on les positionne un à un dans de minuscules encoches, et c'est énervant.
- Que Super-Silence ça fait toujours un bruit de lave-vaisselle, et que GnaGnaGna Décibels, c'est toujours des décibels, et ça s'entend les décibels.
- Que les plastiques sortent toujours trempés, malgré le réglage alambiqué du Mode Super Séchage.
- que les pipiques verticales que l'on peut coucher à volonté ne changent rien à la question de la vie, de l'univers et tout le reste, et en plus les casseroles rentrent toujours aussi mal.
Un lave-vaisselle, quand vous mettez du très sale dedans, ça lave pas; un lave-vaisselle, ça lave que ce qui est déjà propre.
mardi, janvier 04, 2011

Quand une année s'achève, on aime écrire des mots nostalgiques pour dire comment on a été super-contents de faire des choses extraordinaires qui ont changé notre vie jusqu'à l'année prochaine. Et faire des vœux pieux ou païens à propos de toutes ces choses extraordinaires qu'on va faire et qui nous rendront super-contents et encore plus nostalgiques.
En 2010, les Zenervés ont quitté le Cambodge avec un gros caillou au creux du ventre. Concentré de sourires et de gentillesse asiatiques, parfumé au gingembre des soupes de nouilles, à la fleur de frangipanier du jardin. Arrosé à haute dose de mojito et d'Angkor (ou d'Anchor, ça dépend des écoles). Certes quant vint Pchum Ben, les chants incessants des moines dès 4h du matin ne nous ont pas spécialement manqué. Mais quand la foule piétinée a laissé des centaines de mort et de tongs d'enfants enfoncés dans le goudron de Koh Pich le 24 novembre, on était en deuil dans le Jura.
Orphelins du Cambodge, on le restera sans doute toute notre vie. En tout cas moi. Huit mois plus tard, j'entrouvre encore la boîte à souvenirs avec d'infinies précautions, en m'assurant que c'est bien le moment, que mon palpitant est dans son bon jour et que mes glandes lacrymogènes sont sous contrôle. Et même comme ça, on n'est pas à l'abri. Un soir, les filles, en rangeant la cuisine, chantonnent une comptine en Khmer (pour ceux qui y étaient: celle du spectacle des CE1 en 2007, la danse apsara avec les noix de coco vides) et tout-à-coup, mon estomac fait un gros nœud et je dois m'asseoir.
L'exil Genevois est un défi que je n'avais peut-être pas apprécié à sa juste valeur. Retour en Europe, ça a pourtant l'air simple, comme ça, à vue de nez. Quand on a fait la course avec son caddie vide dans les magasins de Téhéran pendant la guerre, avec des tickets de rationnement qui ne servaient à rien vu qu'il n'y avait rien à rationner (non, Marjane Satrapi ne raconte pas des histoires exceptionnelles: elle dessine, certes avec grand talent, la vie normale de gens comme moi). L'idée des rayons de la GROSMI croulant sous les chocolats, les yaourts aux goûts délirants, les fromages de toutes sortes (quand à Phnom Penh on chasse le Boursin a 10 dollars chez Veggie), le simple fait de s'arrêter chez le marchand de journaux pour acheter le Libé DU JOUR (et pas celui de la semaine passée), la perspective d'un verre de vin qui n'ait pas imprégné le bouchon de la bouteille pendant son tour du monde en camion+bateau. En toute logique, ça devait être à ma portée.
Grave erreur, tous les exils se préparent et se négocient avec délicatesse.
Par exemple, que faire quand au pot des nouveaux arrivants à la mairie de Thoiry, je rencontre une brave famille qui a déménagé récemment au village, venant de Genève? Soit 20 minutes à vol d'oiseau, 40 avec les embouteillages… Et que la maman et moi, on se retrouve à échanger nos expériences de déracinement? Oui vous avez bien lu, elle a dit textuellement: ''c'est difficile de déraciner des adolescents'' (en parlant de ses filles à elle, bien sûr). Je ris ou je pleure? Je décide que malgré son air gentil, ce ne sera pas ma nouvelle copine, je reste polie et je lui remonte le moral en lui assurant que ça va aller. Puis je rentre câliner mes deux déracinées à moi, celle qui n'a jamais connu d'hiver et l'autre qui a l'impression de parler à des rondins quand elle discute avec les ados de son âge ici. Je les câline et je leur dis de ne pas raconter à tout le monde qu'à Psar Thmey, on peut acheter un cornet de tarentules grillées et les croquer en faisant son shopping; d'éviter de réciter les positions de méditation de Bouddha et de vanter partout le goût exceptionnel de la mangostine, parce que ça ne fait que creuser le fossé qui nous sépare du monde.
Ca marche dans les deux sens: ils savent des choses qu'on ne sait pas.
Ils se servent de chèques pour payer au marché. Ils skient tous le week-end alors que la perspective de mettre le nez dehors par 0 degrés nous rend cachexiques. Ils ont étudié le solfège (Madame Reth, elle, enseigne la musique à la bonne franquette: un tabouret, un clavier, 8 touches et on y va). Un cinéma n'est pas pour eux un lieu mythique où on se rend quand par hasard on est en week-end à Bangkok et alors on regarde le film qui est à l'affiche point barre, en prenant garde de se lever pendant l'hymne national; non, c'est un truc banal, on y va quand on veut, pour voir le film qu'on a choisi et on peut rester assis pendant les pubs et manger tout son pop-corn.
Le vélo de Leila rendrait malade de jalousie la fille des voisins à Phnom Penh. Ici, elle a honte d'aller à l'école avec. Et on s'est fait moucher au Trivial Pusuit parce qu'on ne savait pas que la pub pour Evian avait réhabilité ''We will rock you'' (on ne savait pas que Freddy Mercury avait besoin d'être réhabilité: pour nous c'est un dieu, un héros, un génie cosmique avec une moustache et on ne connait pas la pub pour Evian).
L'erreur originelle était de penser que parce que j'ai un passeport estampillé aux armes du Royaume de Belgique, j'allais ''rentrer'' en Europe et y être comme un poisson dans l'eau. Beaucoup plus facile, a priori, que de débarquer à Vientiane avec un bébé de 13 mois, d'y rester bloquée pendant l'épidémie de SRAS, de partir en brousse pour visiter des centres de santé immondes et y voir mourir des femmes en couches. Je n'avais pas imaginé que le voisin ferait pendre des chaines de sa gouttière pour fabriquer des stalactites au premier gel. Ce n'est pas plus ridicule que de se coller des sparadraps sur les tempes pour évacuer un mal de tête, ou de sortir dans les rues de Ban Keng Koeun en pyjama rose à nounours, j'en conviens. Mais je ne m'y étais pas bien préparée. Grave erreur.
Alors on fait quoi? On continue de pleurer quand on pense aux massages à domicile de Mme Boun Roeun ou on se reprend et on avance?
On se reprend et on avance.
Il y a les longues conversations téléphoniques, les textos et les chats sur gmail, qui nous rassurent: les amis sont toujours bien là. Il nous manque le quotidien, le café impromptu du dimanche après midi ou l'espresso-martini des après-soirées (une spécialité Phnom Penh-fusion). Mais leur présence, même lointaine, nous accompagne généreusement. Et je n'oublie pas de mentionner le colis Croix-Rouge de Noël rempli de Chokotofs pour ceux qui ont compris que Thoiry n'était pas Bruxelles et qu'à moins d'aller boire une pression place Jourdan, on est toujours loin de chez soi.
Il y a le cirque pour Leila tous les mercredis matins, où elle apprend à voir le monde à l'envers sur son trapèze, ce dont elle rêvait depuis des années. Il y a le théâtre un week-end entier par mois pour Sanam, avec enfin un vrai professeur. Il y a toutes ces choses à voir, à s'en faire éclater les neurones: danse, théâtre, expos, musées, films. Il y a ces librairies pleines de choses à lire. Il y a ces choses auxquelles on résiste avec fierté: la dictature des marques, la malbouffe, le gaspillage, les idées étroites. Il y a ces choses qu'on se réjouit de faire bientôt: des vacances au Canada, à la découverte de l'Europe, du ski, du patin sur glace. Il y a Bruxelles à portée de billet d'avion: Bruxelles et son goût de madeleine, d'amis d'enfance, d'accent familier, de pavés cradouilles, de vieux trams, de place du Jeu de Balle, de Foire du Midi.
Il y a le boulot, passionnant, qui m'emmène du Brésil au Cameroun, d'Iran au Vietnam et même au Laos et en Thaïlande. Bien sûr, aucun de ces pays ne m'imprègnera comme si j'y avais vécu, en y laissant des amis et un travail inachevé. Mais tout de même, c'est important de savoir si les gens, les pauvres, les femmes enceintes, peuvent avoir accès aux médicaments de par le monde, et comment faire pour que ça marche.
Il faudra faire abstraction de la question rituelle: '' Neuf ans en Asie! Ca doit vous changer d'être ici, non?''. Ne rien répondre. Sourire. Dire oui, ça change, passer à autre chose, ne pas s'éterniser. Surtout, ne pas s'éterniser. Au début, je ne pouvais pas m'empêcher d'embrayer, de raconter le voyage: le voyage apparent (avion, valises, container, doudounes du marché russe) et le voyage intérieur (sourires, larmes, séparation, exil). Ca ne sert à rien. Ce n'est pas une question, c'est un gouffre infernal où s'abîment tous mes efforts pour transformer cet exil en vie quotidienne. Sans compter que je finis par me demander si les gens qui posent cette question, en fait, attendent vraiment une réponse.
mercredi, mars 31, 2010
Quitter le Cambodge, débarquer à Genève
Et écrire, entre les deux, comme un élastique.
On ne quitte pas le Cambodge.
On ne quitte pas cette odeur si particulière quand la pluie a enfin déchiré la canicule, les germes de soja croquants dans la soupe de nouilles, les tuk-tuk au coin de la rue et le café glacé au lait concentré. Pas quand les filles qui sortent en pyjama à nounours à 5h du soir ne vous étonnent plus, pas quand vous gardez aussi votre casque de moto pour faire vos courses et que vous vous demandez sérieusement si vous n'allez pas essayer les pansements sur les tempes pour vous débarrasser de cette fichue migraine.
Pas quand vous faites la route de Siem Reap à Phnom Penh en 10h avec 5 arrêts pour acheter de la viande séchée, des saucisses, des ananas, des tasses en céramique et manger la fameuse soupe de boeuf derrière le marché de Kampong Thom.
Pas quand les rats qui se faufilent dans les égouts avenue Pasteur ne vous arrachent meme plus un cri de surprise.
Pas quand la première chose que vous repérez a Ferney-Voltaire, c'est la supérette Mekong Market et que vous vous achetez une réserve de mi pour les soirs ou vous n'avez pas envie de cusiner (ou pire: pour votre petit déjeûner). Pas quand vous trouvez que 0.49 euro le sachet de mi, c'est quand meme pas donné...
Pas quand vous accueillez avec le sourire une hystérique venue vous faire un procès d'intention dans votre bureau et que vous lui dites merci et à bientot quand elle s'en va.
On ne quitte pas le Cambodge, quand le Cambodge vous a fait un nid. Quand vous y avez laissé des gens pour qui vous avez pleuré, quand on vous a amenée au karaoke a midi pour vous dire adieu, quand on vous a téléphoné 3 fois dans la meme journée pour vous souhaiter bon voyage, quand on vous a donné les adresses de tous les gens qu'on connait la-bas pour ne pas que vous soyez seule. Pas quand vous avez eu droit au comité d'adieu composé d'une foule en larmes et porteuse de présents.
On ne quitte jamais le Cambodge quand on est devenue une crypto-khmère. On y revient toujours.