mercredi, mars 31, 2010

Quitter le Cambodge, débarquer à Genève

Et écrire, entre les deux, comme un élastique.

On ne quitte pas le Cambodge.

On ne quitte pas cette odeur si particulière quand la pluie a enfin déchiré la canicule, les germes de soja croquants dans la soupe de nouilles, les tuk-tuk au coin de la rue et le café glacé au lait concentré. Pas quand les filles qui sortent en pyjama à nounours à 5h du soir ne vous étonnent plus, pas quand vous gardez aussi votre casque de moto pour faire vos courses et que vous vous demandez sérieusement si vous n'allez pas essayer les pansements sur les tempes pour vous débarrasser de cette fichue migraine.

Pas quand vous faites la route de Siem Reap à Phnom Penh en 10h avec 5 arrêts pour acheter de la viande séchée, des saucisses, des ananas, des tasses en céramique et manger la fameuse soupe de boeuf derrière le marché de Kampong Thom.

Pas quand les rats qui se faufilent dans les égouts avenue Pasteur ne vous arrachent meme plus un cri de surprise.

Pas quand la première chose que vous repérez a Ferney-Voltaire, c'est la supérette Mekong Market et que vous vous achetez une réserve de mi pour les soirs ou vous n'avez pas envie de cusiner (ou pire: pour votre petit déjeûner). Pas quand vous trouvez que 0.49 euro le sachet de mi, c'est quand meme pas donné...

Pas quand vous accueillez avec le sourire une hystérique venue vous faire un procès d'intention dans votre bureau et que vous lui dites merci et à bientot quand elle s'en va.

On ne quitte pas le Cambodge, quand le Cambodge vous a fait un nid. Quand vous y avez laissé des gens pour qui vous avez pleuré, quand on vous a amenée au karaoke a midi pour vous dire adieu, quand on vous a téléphoné 3 fois dans la meme journée pour vous souhaiter bon voyage, quand on vous a donné les adresses de tous les gens qu'on connait la-bas pour ne pas que vous soyez seule. Pas quand vous avez eu droit au comité d'adieu composé d'une foule en larmes et porteuse de présents.

On ne quitte jamais le Cambodge quand on est devenue une crypto-khmère. On y revient toujours.

jeudi, octobre 22, 2009

Je veux écrire son histoire parce qu'elle doit être morte à l'heure qu'il est. Je veux écrire son histoire que je ne connais pas, parce que je l'ai à peine connue, moins de quelques heures avant qu'elle ne s'échappe de ce monde, et encore elle n'était déjà plus là.


Elle était allongée sur cette paillasse de bois, dans une mare d'urine et de sang, un sac de glace sur le ventre, frêle et sale. Une chemise à fleurs qui avait vu des jours meilleurs, exposée sur un marché vietnamien et importée par un vendeur ambulant, en même temps qu'un tas de paniers en plastique de toutes les couleurs et des dosettes de shampoings Sunsilk. Un pagne délavé autour des hanches, un bonnet en laine bleu et rouge sur la tête, dont s'échappaient des boucles crépues et emmêlées.

Elle était plongée dans un coma agité et convulsif, elle se recroquevillait parfois de douleur, faisant valser le sac de glaçons, puis elle se détendait subitement et essayait d'arracher sa perfusion. Elle se calmait et ouvrait des yeux absents. Elle me fixait. Je devais être une apparition, elle devait se demander si ma présence incongrue dans cet hôpital de district, au milieu de toutes ces femmes affairées autour d'elle et de son nouveau-né signifiait en fait que tout ça était déjà fini. Elle n'avait pas plus de dix-sept ou dix-huit ans. Elle avait accouché la veille et pourtant, elle devait peser une plume. Elle se passait parfois la langue sur les lèvres, et les trois mouches qui s'y étaient posées s'envolaient temporairement.

Je portais un masque chirurgical autour du nez et de la bouche. Est-ce que c'était un signe de dédain, une barrière entre cette souffrance et moi? Non, mais quelques jours auparavant, j'avais eu mal à la gorge, j'avais passe le WE au lit et bien que remise sur pied, je toussais encore. C'est elle que je protégeais et pourtant j'avais l'air si stupide, si gauche et si déplacée, avec ce masque bleu tout neuf qui m'empêchait même de lui sourire quand elle ouvrait les yeux.


Les voisines m'ont expliqué. La petite avait un mari. Enfin, peut-être pas un mari, disons un mec qui l'avait engrossée et avait fichu le camp cinq mois auparavant. Sa mère était morte il y a bien longtemps et son père l'année d'avant. Elle était seule au village. Les voisines ont bien vu que quelque chose clochait, elle ne tenait pas debout, elle n'allait pas bien du tout. Elle ne pourrait pas accoucher au village, quelque chose de grave allait se passer. Elles ont demandé au tuk-tuk de les transporter à l'hôpital: toutes les six. Toutes les six? Oui toutes les six: cinq voisines et la petite. Elle n'avait personne. D'abord il n'a pas voulu, et puis il a vu la petite, et il a dit 10.000 Riels. Dix-mille Riels? Par personne ou pour les six? Pour les six … il a vu qu'elle était pauvre et qu'elle n'allait pas bien du tout.

Elles sont arrivées à l'hôpital et tout le monde a été gentil. Elles n'ont rien payé, le docteur a dit que la petite devait accoucher tout de suite et elle a accouché. Et maintenant elle voyait des diables et des esprits, et elle s'agitait dans tous les sens. Elles m'ont raconté ça, l'une à califourchon sur ses jambes pour l'empêcher des les plier, une autre assise sur une main, une troisième agrippant fermement l'autre main d’où partait la perfusion. Une quatrième voisine remettait le bonnet, inlassablement, comme si ne pas prendre froid de la tête allait lui sauver la vie.

Ou était donc la cinquième?

La cinquième était assise dans un coin, avec un paquet dans les bras, emmitouflé dans un vieux pagne lui aussi; lui aussi un bonnet sur la tête. Elle avait relevé sa chemise et elle avait mis son sein entre les lèvres du bébé. Elle a souri calmement. Elle a dit que le sien avait dix mois, au village, qu'elle avait encore un peu de lait, mais plus beaucoup. Ca et un bol d'eau avec une cuillère, c'est tout ce qu'elles avaient pour nourrir le nouveau-né. Elles m'on montré. Elles ont mis la petite sur le flanc, elles ont couché le bébé contre elle. Comme j'ai fait tant de fois avec Sanam, comme Leila n'a jamais supporté que je fasse … Elles ont relevé son bras, sorti son sein menu et vide, et l'ont mis entre les lèvres du petit. Il ne l'a pas pris. J'ai pressé le mamelon, pour sortir une goutte de colostrum, comme la grosse sage-femme africaine de l'hôpital Saint-Pierre m'avait montré, la première fois que j'ai mis Sanam au sein. Il n'en est rien sorti. Elles ont retourné la petite sur le dos et remis le bébé au sein de la voisine. Elles ont gardé le silence: vous voyez?


Elles ont dit qu'elles se partageaient la ration alimentaire de la petite et que le personnel de l'hôpital était gentil: il leur en donnait en plus s'il y avait des restes. Elles ont dit qu'elles devraient sans doute acheter du lait en poudre parce que le bébé allait avoir faim. Elles ont dit qu'elles commençaient à être à court d'argent, que le Krou Phet avait dit que ça allait bientôt être fini … et qu'elles pourraient rentrer chez elles avec le bébé.

Elles n'ont pas parlé des funérailles, ni comment elles allaient transporter le corps au village. Je suppose que le tuk-tuk charitable fera encore un petit effort.

Elles n'ont pas bien compris ce qui était arrivé à la petite, elle était pauvre, elle était seule, elle n'était pas allée au centre de santé pendant sa grossesse. Personne ne savait qu'elle était enceinte pendant plusieurs mois.

On raconte des tas de choses sur les hôpitaux où on ne peut pas être soigné si on ne paie pas, et sur les médecins qui ne traitent que les riches, sur les tuk-tuk et les taxis qui refusent de transporter les gens quand ils sont malades. Elles ne sont pas d'accord. C'est peut-être vrai ailleurs (non, c'est surement vrai ailleurs) mais ici, c'est bien.

Le groupe d'une dizaine de gens rassemblés autour de nous pour voir la dame bizarre poser des questions sur la petite qui va mourir acquiesce: ici, c'est bien.

Le tuk-tuk les a pris pour pas cher, le Krou Phet n'a pas demandé d'argent et elles ne paieront rien quand la petite sera morte. Mais elle va mourir.


Ce serait bien qu'elle parte vite… Ces diables qui agitent son corps, ca doit être terrible. On s'occupera du bébé. Mais on n'a plus d'argent pour rester.

mercredi, avril 01, 2009

Le président des Etats Unis d'Amérique, Mr Barack Obama, s'est récemment adressé à moi.

Vous devez vous dire: elle deconne la mujer. Elle se prend pour Wilfried Martens.

Pas du tout.

Le P des EU d'A, à l'occasion de la nouvelle année, précisement à l'equinoxe de printemps, le 20 mars a 18h44, a adressé un message de paix et de réconciliation à tous les iraniens et à leurs dirigeants. Il a eu la bonté de m'inclure personnellement dans la première de ces deux catégories. Il a en effet posté sur ma page Facebook (mon "mur") son allocution televisée de Nowruz.

Nous autres immigrés avons plutôt l'habitude que le P des EU d'A utilise les services de son intelligence secrète pour réveiller le terroriste qui sommeille en nous. Ainsi à 18 ans, mon bac en poche, je suis partie visiter NY et j'ai commencé par mariner 8h à JFK parce que ma tête ne revenait pas au douanier. Des exemples comme ça, je suis sûre qu'on vous en a racontés dix à la douzaine. C'est donc une bonne surprise que l'homme le plus puissant du monde vienne nous débusquer sur Internet, non pas pour nous accuser de porter un nom ridicule, mais bien pour nous dire des gentillesses.

Et pas des moindres.

Déjà qu'il est plutôt beau gosse, mais en plus quand il me regarde droit dans les yeux et qu'il recite du Saadi en nous disant bonne année dans le texte, il me colle la chair de poule, le P des EU d'A.

Et je m'en fous si sa femme a les bras musclés et pas moi.

A ce propos, question taille, j'ai dernièrement fait l'expérience que tout est relatif, comme le démontre ce buste surdimensionne de Lord Vishnu a Bali. Le sujet de la relativité des proportions est une affaire un peu compliquée lorsqu'on vit en Asie. Toutes ces femmes qui ressemblent à des gamines de 12 ans, qui rentreraient leurs deux fesses dans une seule jambe de mon pantalon et leurs deux nichons dans un seul de mes bonnets C… depuis 8 ans que je subis ça au quotidien ça commence à me saper le moral. Fréquenter assidûment la communauté expatriée Française, dont la gent féminine arbore l'uniforme de chez Ambre dans un 36 standard ajoute souvent à mon désarroi. J'ai donc pris une bonne résolution en cette nouvelle année 2568. Chaque matin devant mon miroir, je vais convoquer le souvenir du regretté Desproges, et me rappeler qu'il conseillait, quand on croise une femme obsedée par la minceur, de se demander combien de kilos il lui manque pour être digne du pinceau d'un génie tel que Rubens.

Ainsi mise de bonne humeur, j'irai promener mes rondeurs sous l'œil jaloux des femmes-enfants et des légionnaires de chez Ambre.

Obama, Desproges, que du beau monde. Je ne vais pas gacher ce post en vous parlant de Bee Sixteen, cet irresponsable qui voudrait qu'on laisse des petites filles aux mains des faiseuses d'anges et de leurs aiguilles à tricoter, dans des cabanons obscurs, au fin fond des favelas, sur des paillasses dégueulasses qu'on brûlera s'il y a trop de sang.

Par chez nous, les supporters de Bee Sixteen se déguisent souvent derrière un bronzage anodin (et des robes de chez Ambre). Dans le doute, la famille Zenervée s'abstient, et se replie sur sa veranda, armee de saines lectures (voir plus haut) et se fixant pour objectif la rédaction de ces papiers sur le système de santé au Cambodge, qui n'ont pris que trop de retard.

Ca commence à presser, les temps sont troublés. L'Asie du Sud-Est, en tout cas la nôtre, en bout de la chaine de la production de choses à consommer mondialement, ne sentira l'impact de la crise qu'avec du retard sur l'épargnant lambda assis devant sa télé dans son fauteuil Conforama qui lui gratte les fesses. On est contents mais on retient notre souffle. Que vont devenir ces petites ouvrières du textile qui envahissent les faubourgs de Phnom Penh à 16h30 tous les jours, à la sortie des usines? Petites fourmis fragiles au bord de la misère, elles fabriquent les T-shirt Gap ou les pantalongs Abercrombie etc que vous n'aurez plus les moyens d'acheter…

Hélas, je ne serai peut-être plus là pour me le demander, car les grands de ce monde on déjà décidé qu'ils allaient faire des économies et ce, peut-être, sur mon salaire. Comme je n'ai ni l'habitude de me faire discrète pour me faire oublier, ni celle de grenouiller pour être au bon endroit au bon moment, je pense que je ne bénéficierai pas de la protection accordée aux silencieux ni de celle accordée aux grenouilles.

Il faudra pourtant bien que je me trouve quelque chose à faire quand j'aurai fini, le 31 décembre, d'écrire ces papiers sur le système de santé: redéfinir la theorie de la relativité en comparant mon sort envieux à celui, plus incertain, des ouvrières du textile, et attendre la fin du déluge.

jeudi, février 05, 2009

Parce qu'on adore des photos de nous devant dans des decors debiles! Ca nous fait penser au nain de jardin d'Amelie Poulain....

mercredi, février 04, 2009

Du haut de ces ruines, 10 siècles vous contemplent

D'accord, je n'étais pas bien préparée, j'avais attrapé au hasard un appareil photo qui trainait et il n'était même pas chargé. Alors j'ai dû me rabattre sur mon téléphone et c'est comme ça que la photo est floue.
D'accord on avait oublié de se mettre d'accord sur l'heure de départ et c'est comme ça qu'on s'est retrouvés à grimper 441 marches à 12h10, soleil au zénith.
N'empêche, le JP, lui, était parfaitement au point. Investi de la mission spéciale qui consistait à s'occuper du pic-nic, et frustré par la précédente expérience du même type où il avait dû manger un bête sandwich au jambon avec de l'eau, il avait mis les petites assiettes en carton dans les grandes assiettes en plastic et préparé un festin portatif digne de Tio Antonio en personne.
Ainsi, arrivés en haut, tout en haut des 441 marches, nous avons ouvert le mignon panier pas pratique du tout qu'il avait trimballé jusque là et savouré un gin-tonic, oui mesdames et messieurs, vous avez bien lu, un gin-tonic, dans lequel nageait même une rondelle de citron vert. Il y avait trois sortes de chips et du coca à la vanille pour les minots. Sans compter que lorsqu'après avoir visité admiré la vue du haut d'un un site pharaonique, nous avons redescendu les 441 marches (avec je dois le dire beaucoup plus d'agilité et un peu d'euphorie), nous avons étalé des victuailles incompréhensibles sous les yeux des petites madames qui faisaient griller du poulet dans le vain espoir de nous le vendre: pâté, rillettes, baguettes fraiches, vin blanc frais, gâteau au chocolat pour le dessert et même du café chaud.
Le clou, c'est quand j'ai réclamé un cure-dents et qu'il l'a sorti de son chapeau en même temps que les petites piques à cornichons dont on n'avait pas pu se servir parce qu'on avait oublié les cornichons.
On a dit que la prochaine fois, on irait en pic-nic n' importe où, voire dans le jardin, du moment que c'est JP qui le prépare.
A part ca, Phnom Chisor mériterait d'être entretenu, car visiter 10 siècles d'histoire recouverts d'un toit en tôle pour éviter que la pluie n'abime ce qui reste (ou pour abriter un vénérable installé là en méditation et qui ne s'est plus jamais lavé depuis qu'il a eu une illumination), c'est quand même un peu frustrant.
Toujours ces enfants qui nous suivent avec des regards curieux et moqueurs. Je me demande quand ils se lasseront de regarder les bêtes étranges que nous sommes, et se moquer de notre naïveté, lorsqu'on visite, admiratifs, ce qui n'est en fait que leur plaine de jeux. Quand ils cesseront de s'asseoir en rang d'oignon, sans aucune gêne ni timidité, pour regarder ce que nous faisons: pisser derrière un buisson, nous engueuler sur la route à suivre, donner coup de chiffon sur le pare-brise plein de poussières, des gestes idiots et quotidiens, qui semblent revêtir à leurs yeux un éclat de mystère ou d'absurdité.

mardi, janvier 27, 2009

Les schtroumpfs

Je suis inspirée ce soir. Je me couche seule dans un hôtel à Kampot, baptisé d'après un personnage de Rudyard Kipling, dans un lit sans couvertures alors qu'au Cambodge l'hiver fait rage, la fenêtre de ma chambre donne dans dans le garage à mobylette et les câbles à haute tension m'ont gâché tout-à-l'heure le coucher de soleil sur la rivière. Il y a de quoi être inspirée et ne pas trouver le sommeil.

J'en profite donc pour vous parler des schtroumpfs. Enfin c'est le surnom temporaire dont je les ai affublés, mais il ne me plaît pas. Parce que les schtroumpfs c'est rigolo. Guillerets, souriants, inventifs et champêtres, voire buccoliques. Les miens sont certes bleus avec des petits chapeaux blancs, mais la ressemblance s'arrête là. Il faudra donc que je leur trouve bientôt un autre surnom. Mais pour l'instant, les schtroumpfs.


Phnom Penh est une ville étonnante. On y trouve des boulevards nommés “Confédération de Russie”, bordés de magnifiques frangipaniers, où roulent des Lexus conduites par des chauffeurs, à bord desquelles des élégantes vont s'acheter un téléphone Nokia, après avoir fait un détour pour porter le casse-croûte à leur mari au conseil des ministres (ma foi une assez jolie réalisation architecturale).


Les tribus de schtroumpfs urbains aiment à hanter ces boulevards. Ils sont bleus et portent sur la tête un casque blanc posé de travers. Ils ont des motos achetées à bas prix à l'équipe de production de “CHIPS” quand ils ont arrêté la série. Ils sentent la bière rance et le prahok mal digéré, les yeux rougis par le karaoké de la veille, où s'ils ont de la chance, ils ont levé une pauvre fille des campagnes venue faire carrière en ville.

Ils gagnent des clopinettes et ils sont pléthore. Alors ils font la circulation pour arrondir leurs fins de mois. Ils ont acheté leur emplacement à cet effet: ainsi ceux qui sont postés sur Monivong juste après le signe d'interdiction de tourner à gauche quand on vient de la gare ont déboursé un max et personne ne peut les déloger. Parce que ne pas pouvoir tourner à gauche sur Monivong quand on vient de la gare, c'est une absurdité. Il y a toute la place pour tourner à gauche et personne n'a envie d'aller tout droit, se faire coincer au milieu du marché des voitures d'occasion et finir sur Norodom.

Donc on tourne à gauche.

C'est à ce moment que les schtroumpfs sortent des bois et verbalisent, histoire de prendre une revanche bien méritée sur leur triste destin. Forts de la jouissance factice qu'ils ont infligée à la fille du karaoké de la veille, ils verbalisent des sommes aléatoires et poétiques, fixées après de savants calculs intégrants plusieurs variables dans une formule complexe au dénouement obscur. Année de fabrication du véhicule, cylindrée, lieu de naissance du conducteur augmenté de son appartenance plus ou moins évidente à une ethnie caucasienne, la conviction avec laquelle le sus-nommé affirme que non, sa plaque d'immatriculation n'est pas fausse, et la probabilité qu'un autre client plus intéressant tourne à gauche juste à ce moment (ou peu après). Entre aussi en considération le prix d'achat du téléphone portable avec lequel on appelle frénétiquement l'administrateur du bureau pour se faire confirmer que l'immatriculation qu'il nous a bidouillée est bien légale.

Une parade assez éculée est d'avoir deux portefeuilles: un dans lequel on cache l'argent du ménage et l'autre où on met 2$ et qu'on exhibe sous l'oeil du schtroumpf. Une copine, depuis retournée dans son pays natal et guère plus discipliné, ne s'arrêtait même pas, ouvrait sa fenêtre et tendait un billet d'office et sans négocier. Bien sûr, le mieux, ce serait que quelqu'un pense à scier la branche de manguier qui cache l'interdiction de tourner à gauche sur Monivong quand on vient de la gare. Plus radical: renoncer à venir de la gare, puisqu'après avoir été rénovée à grands frais avec l'argent du contribuable Français, celle-ci accueille fièrement un train par semaine (il faut avouer que le bâtiment est de ce style dit “colonial” que l'Etat Français aime à restaurer pour montrer qu'autrefois il fût maître en ces lieux).


L'obligation du port du casque, en viguer depuis le 1 Janvier 2009, ravit le schtroumpf urbain. Il peut s'en donner à coeur joie avec les mopettes familiales. Là où il perd en qualité, le schtroumpf gagne en volume. En effet, la classe moyenne Phnompenhoise a quand même du mal à boucler les fins de mois et le schtroumpf urbain le sait. Pas de grosse somme donc, mais beaucoup, beaucoup de mopettes. Véhiculant souvent des jeunes filles en fleur sans défense, qu'intimide l'odeur avinée de l'encasqué de service au coin de la rue.

Une aubaine cette histoire de casque.

Que la jeune en fleurs ait mis ses rétros à l'envers pour pouvoir s'épiler les poils de nez pendant qu'elle roulait est un détail sans importance, pour lequel aucun tarif n'a été fixé. Et si le conducteur de la mobylette est un bon père de famille qui vient de s'acheter un casque, le fait qu'il transporte derrière lui sa femme et ses trois enfants est une manifestation de la réalité Cambodgienne avec laquelle il faut faire des compromis pragmatiques.


lundi, janvier 19, 2009


Un petit concert sympa ce vendredi soir a Phnom Penh.
Non, y'a pas les musiciens de Phare dedans...
On entendra peut-etre un truc different alors?
Ben oui, y'a des chances ...